Psychologie de l’adaptation, épigénétique et One Health
Le cours propose une conception élargie de la psychologie clinique contemporaine autour de trois questions : comment comprendre l’adaptation humaine, comment penser la
psychopathologie au-delà du seul diagnostic, et comment intégrer les déterminants biologiques, sociaux et environnementaux de la santé mentale dans une perspective One Health.
L’adaptation constitue le premier fil directeur. Elle ne correspond pas à une simple conformité à l’environnement, mais à un processus dynamique par lequel l’individu tente de maintenir ou de
restaurer un équilibre face aux exigences internes et externes. Les conceptions psychanalytiques ont d’abord insisté sur les mécanismes de défense, processus souvent inconscients permettant de
protéger le psychisme contre des représentations ou des affects menaçants. Leur caractère pathologique dépend moins de leur existence que de leur rigidité et de leur inadéquation au contexte. Les
travaux de Lazarus et Folkman introduisent ensuite la notion de coping, qui désigne les efforts cognitifs et comportementaux conscients mobilisés face au stress. L’efficacité d’une stratégie dépend
surtout de sa flexibilité et de son ajustement aux caractéristiques de la situation.
Cette perspective conduit à reconsidérer le symptôme. Un symptôme n’est pas uniquement un dysfonctionnement à supprimer : il peut représenter une tentative d’adaptation devenue coûteuse. Évitement,
dissociation, conduites addictives ou certaines manifestations anxieuses peuvent initialement remplir une fonction protectrice. Le traumatisme constitue, dans cette perspective, une rupture des
capacités adaptatives ordinaires. Les manifestations post-traumatiques peuvent être comprises comme des tentatives de survie psychique face à une expérience qui n’a pu être suffisamment intégrée. La
résilience et la croissance post-traumatique montrent parallèlement que l’adaptation peut conduire à des transformations identitaires, relationnelles et existentielles profondes. La psychothérapie
devient ainsi un espace permettant d’assouplir les défenses, d’élargir le répertoire de coping et de restaurer une capacité créative d’adaptation.
Le deuxième axe interroge la définition même du trouble psychique. Les classifications DSM et CIM sont nécessaires pour communiquer, organiser les soins et produire des connaissances, mais elles ne
constituent pas des explications causales. L’hétérogénéité des diagnostics, la comorbidité et l’arbitraire relatif de certains seuils conduisent à envisager des modèles complémentaires. HiTOP décrit
la psychopathologie comme une organisation dimensionnelle et hiérarchique. Le facteur p cherche à représenter une vulnérabilité psychopathologique générale, sans pour autant constituer nécessairement
un mécanisme causal. RDoC étudie quant à lui des systèmes fonctionnels transdiagnostiques – menace, récompense, cognition, relations sociales ou régulation de l’éveil – à différents niveaux
d’analyse. Une distinction fondamentale apparaît alors entre décrire, prédire et expliquer : améliorer la précision diagnostique ne signifie pas nécessairement comprendre le fonctionnement singulier
d’un patient.
Enfin, la perspective One Health élargit encore le cadre clinique. La santé mentale résulte d’interactions entre facteurs psychologiques, biologiques, sociaux et environnementaux. Pollution
atmosphérique, perturbateurs endocriniens, alimentation, microbiote intestinal, inflammation, stress chronique et adversité précoce peuvent interagir et contribuer aux trajectoires de santé et de
maladie. Le psychologue clinicien ne peut donc plus penser le sujet indépendamment de son environnement. La psychologie clinique contemporaine devient ainsi une science de la personne en contexte,
articulant singularité biographique, processus psychologiques, fonctionnement biologique et conditions écologiques d’existence.